Guillaume Garot : « Faire voter la loi contre le gaspillage alimentaire avant la fin de l’année »

Vendredi 16 octobre, c’est la journée mondiale de l’alimentation des Nations-Unies. Mais c’est aussi, en France, la 3e journée nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire. L’occasion de faire le point avec Guillaume Garot sur la future loi sur le gaspillage alimentaire, qu’il veut faire voter « avant la fin de l’année ».

« J’espère avoir rapidement la date d’examen du texte », explique le député PS de la Mayenne. Car si les propositions de loi ont été déposées, il faut maintenant leur trouver un créneau de discussion dans le calendrier parlementaire : pas facile, d’autant plus qu’on vient de rentrer en discussion budgétaire à l’Assemblée et au Sénat. Guillaume Garot assure « continuer à œuvrer » pour que l’examen du texte se déroule le plus rapidement possible [NDLR : C’est la Conférence des présidents de l’Assemblée qui décide de l’ordre de passage des textes]. D’autant que « le texte a déjà été voté, les débats ont eu lieu, on devrait pouvoir gagner du temps ». Et lors de l’examen de la loi de Transition énergétique, le tout avait été voté à l’unanimité à l’Assemblée. « Nous avons très bien travaillé avec Jean-Pierre Decool, Brigitte Allain, Hervé Pellois. On a eu un groupe de députés qui a laissé les étiquettes politiques au vestiaire. On a bossé sur le fond avec un travail qui n’était pas partisan. » Mais le Conseil constitutionnel a rétoqué ces dispositions.

« L’armature est là, tout est prêt »

Sur le texte en lui-même, il ne devrait y avoir que peu de changements. Si des amendements venaient s’ajouter, « ils ne dénatureraient pas le texte, ils viendraient l’enrichir sur tel ou tel aspect, préciser telle ou telle disposition, en particulier sur le plan juridique. L’armature est là, le dispositif de sanction est là, tout est prêt ».

Sur le gaspillage, beaucoup de mesures ne sont pas législatives, mais sont de nature réglementaire »

Car sur le gaspillage, tout ne peut pas passer par la loi. « Il y a la loi, qui a une portée symbolique forte, qui fixe des règles, des principes. Mais beaucoup d’obstacles à une lutte efficace sont de nature réglementaire », précise le député mayennais.

Quand on lui pose la question d’un possible aménagement de la réduction fiscale liée par exemple à des contreparties spécifiques (par exemple la publication des chiffres du gaspillage par la grande distribution), Guillaume Garot répond : « Je veux conforter l’incitation fiscale pour ne pas décourager le don. On a besoin de valoriser au maximum les gisements d’invendus. » Mais « dans un deuxième temps, on peut imaginer de l’assortir de contreparties, de conditions. Mais il faut qu’il y ait le reflex du don, on ne l’a pas encore assez. »

Sensibiliser les consommateurs

La loi c’est une chose, mais les actions ne s’arrêtent pas là. Guillaume Garot travaille avec le ministère des Finances sur la fiscalité du don agricole. Il y a aussi la question éducative à traiter. Mais dans les prochains mois, le plus gros chantier sera à réaliser auprès des consommateurs. « Il faut maintenant que l’Ademe dégage des moyens pour des actions de sensibilisation et de communication. La sensibilisation vers le grand public est une tâche essentielle et décisive. » 

Alors sur quel levier agir avec les consommateurs ? « Sur le pouvoir d’achat. » Car l’argent reste bien le nerf de la guerre. « La perte de pouvoir d’achat, c’est-à-dire les euros mis à la poubelle : à l’échelle d’une année, faire un peu plus attention c’est faire attention à son porte monnaie. » Et il lie cela aussi à la qualité de l’alimentation. « Il y a un mouvement d’ensemble ou l’on reconsidère notre alimentation. On est très exigeant sur la qualité. Et c’est un ressort. Plus de qualité, c’est moins de gaspillage. Et moins de gaspillage permet d’acheter plus de qualité. C’est un cercle vertueux. »

Autre grand chantier, celui de la mesure du gaspillage. « Un chantier qui relève du gouvernement. Un chantier qu’il faut mener avec une volonté politique durable. Mesurer le gaspillage implique des outils à concevoir et à mettre en œuvre. » C’est l’Ademe qui s’en chargera, elle a d’ailleurs commencé avec quelques premières mesures avec des foyers témoins. Mais le travail nécessite d’être approfondi. L’Inra travaille elle aussi sur la question dans le cadre du programme européen Fusions.

« Le Pacte était une première étape. La mission, une seconde. La troisième, c’est la loi » 

Mais cette loi, c’est aussi l’aboutissement d’un travail entamé depuis plusieurs années. Avant lui, Bruno Le Maire avait initié une bourse aux dons. Mais le gaspillage n’était traité que du point de vue du don, c’était « la vision de l’époque ». En août 2012, juste après sa nomination comme ministre de l’Agroalimentaire, Guillaume Garot se rend compte que le gaspillage mobilise les acteurs de terrain. « La première chose à faire, c’était de les reconnaître et de les recenser. »

Il réunit ces « premiers soldats » de la lutte antigaspi, qui découvrent que d’autres ont les mêmes problématiques et les mêmes difficultés. De là, est installé le Comité de pilotage contre le gaspillage alimentaire en novembre 2012. Et de son travail, naît le Pacte national de lutte contre le gaspillage, en juin 2013. « C’était un lancement. C’était la première fois, du point de vue de l’Etat, que le gaspillage alimentaire était traité en tant que tel dans une action publique. »

Il faut une volonté politique tenace sur ces sujets, il ne faut jamais relâcher l’effort Jamais. »

Le Pacte est l’ancêtre de la loi. Car même si les engagements pris étaient authentiques, il fallait s’assurer qu’ils seraient mis en œuvre. « Si certains étaient personnellement engagés, parfois ils n’étaient pas forcément suivis par leur famille, leur structure, leur entreprise, etc. La loi devenait nécessaire. »

Mais le remaniement ministériel passe par là, Guillaume Garot redevient député. « On avait créé ensemble une mobilisation en France et une prise de conscience des Français. On avait l’occasion de créer de toute pièce une politique sur le sujet, avec les acteurs eux-mêmes. » Pour cela il fallait « aller au fond des choses ». D’où le rapport parlementaire confié par Manuel Valls au député, pour définir une politique publique efficace de lutte contre le gaspillage alimentaire. « On avait mûri les problématiques. On voyait ce qui freinait, les difficultés logistiques, techniques et financières sur le terrain, on voyait les résistances de certains qui ne voulaient pas donner. On voyait aussi que le gaspillage ne pouvait pas se limiter au don. »

D’où un rapport écrit avec des gens très différents, mais « avec des propositions carrées, précises. Le résultat d’un travail collectif » pour lequel le député s’est attaché à mettre en lumière tout ce que des gens depuis des années, font de positif sur le terrain, sans que ce ne soit reconnu.

Ce vendredi 16 octobre, le comité nationale de lutte contre le gaspillage se réunit. Et Guillaume Garot compte bien « partager une feuille de route avec le gouvernement ».

Il y a la loi, mais beaucoup d’actions doivent être menées par le gouvernement. Il est bon de se fixer un calendrier des échéances ensemble. Qu’on ne laisse pas retomber cette formidable mobilisation »

 

 

+++ Les petits plus +++

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