Fwee, les friandises antigaspi qui valorisent les surplus agricoles

Si je vous dis des friandises de fruits, 100% naturelles, sans ajout de sucres ou d’édulcorants, qui luttent contre le gaspillage alimentaire en valorisant les surplus agricoles. Vous me dites ? Fwee bien sûr.

La problématique du gaspillage alimentaire, Soizic Ozbolt, 31 ans, est tombée dedans il y a trois ans, avec le groupe Disco Soupe de Lyon. Et avec un DUT en agronomie, quoi de plus naturel pour elle que de s’intéresser à la partie production.

Soizic Obolt, la créatrice de Fwee (photo Fwee)
Soizic Ozbolt, la créatrice de Fwee (photo Fwee)

Après avoir passé en revue de multiples solutions, elle opte pour la déshydratation. « Cela nécessite peu de matériel, c’est peu gourmand en énergie, et en intrants (comme les sucres). » Mais les fruits secs, « c’était un peu old school. Et beaucoup de choses existaient déjà ».

Alors Soizic opte pour le cuir de fruits. « Pendant deux ans, avant de lancer Fwee, j’étais manager achat logistique dans l’humanitaire, notamment au Moyen-Orient. C’est là que j’ai découvert cette technique. » Il faut d’abord réaliser une purée de fruits qu’on étale sur une plaque qui passe dans le déshydrateur. Une fois l’opération terminée, et donc l’eau évaporée, reste une plaque de fruit sec à découper selon la forme voulue. « Le cuir de fruit c’est une matière première. On peut la transformer en plusieurs choses. Et selon le degré d’humidité choisi, ça peut aller jusqu’à une plaque très dure et cassante », précise Soizic. « Virtuellement, tout ce qu’on peut faire avec du cuir, ou du plastique, on peut le faire avec du cuir de fruit. J’ai fait des tests de découpe laser, on peut en faire de la dentelle. »

Un micro atelier mobile au plus près de la production

« J’aurais peut-être une solution pour transformer les fruits que vous n’arrivez pas à vendre. »

Exemple d'une benne de pêche vouée à la destruction (photo Fwee)
Exemple d’une benne de pêche vouée à la destruction (photo Fwee)

C’est en expliquant sa démarche que Soizic a convaincu. Fwee travaille actuellement avec cinq exploitants de la région Rhône-Alpes, en bio ou en conversion bio. Des producteurs qui la soutiennent au point que la majorité des fruits de la première année ont été donnés pour l’aider à se lancer. Et en trois mois et demi, elle a traité 5,7 tonnes de fruits.

Comment les producteurs se retrouvent-ils avec de telles quantités ?  « Il existe peu de chose pour la transformation avec des quantités intermédiaires. » De plus, « à l’échelle industrielle, les machines sont calibrées, même pour la transformation, elles n’utilisent pas des fruits non calibrés ». C’est donc là que Fwee intervient.

Actuellement dans un lieu fixe, en mai prochain, Fwee deviendra un micro atelier de transformation mobile. « Il sera installé dans un semi-remorque, amené derrière chez l’agriculteur. Cela permet au producteur de ne pas se soucier de la logistique. Avec la loi biodéchets, cela lui évite d’avoir à prendre en charge le coût d’enlèvement, etc.» Mais Fwee c’est aussi un complément de revenus pour les producteurs grâce à la valorisation de cette production.

Et pour Fwee, la proximité est aussi un avantage : « Même si le fruit commence à mûrir, nous n’avons pas plusieurs jours de transport, la matière ne s’abime donc pas. Etre sur place nous permet d’être réactif. » De plus, les producteurs qui font de la vente directe peuvent ensuite proposer les Fwee à la vente.

Actuellement on transforme 30 à 40 kg par jour. Avec le nouveau deshydrateur, ce sera 200 kg de fruits par jour, directement pendant la récolte »

Etre autonome en énergie

Après une première production, Fwee devient mobile en mai prochain. Mais si Soizic veut traiter de plus grandes quantités, elle doit investir dans du matériel. « Mon petit déshydrateur traite 30 à 40 kg de fruits par jour. Avec le nouveau, ce sera 200 kg. » En dix jours chez un producteur, elle pourra traiter 2,5 tonnes en direct pendant la récolte.

Alors Soizic a lancé une campagne de financement participatif sur KissKissBankBank. Et elle a eu un beau coup de pouce : la Banque postale, partenaire de la plateforme de crowdfunding, sélectionne chaque mois deux projets et celui qui remporte le plus de commentaires, gagne le financement de la moitié de sa campagne.  Et à la dernière sélection, c’est Fwee qui a gagné. Ce qui lui a permis d’atteindre son objectif de 13000 euros fixé au départ.

Mais les internautes peuvent toujours soutenir Fwee. Car le but est d’être « ultra autonome énergétiquement parlant, et d’avoir un coût de production ultra efficace ». La campagne de financement participatif se termine le 11 mars. Avec ces fonds supplémentaires, Fwee pourrait acheter un récupérateur de chaleur pour « récupérer les calories et les remettre dans le circuit du déshydrateur », (ça coûte environ 2500 euros) et des panneaux solaires, pour alimenter le deshydrateur (et les autres machines) qui va tourner jour et nuit. « Cela permettrait de faire 70% d’économies d’énergie. »

Actuellement le dénoyauteur, c’est mon couteau »

Un friandise « déculpabilisante » 
Soizic a déjà commencé la commercialisation de ses gourmandises de fruits en forme de tagliatelles. « Ce sont des friandises déculpabilisantes car 100% naturelles. Les mamans adorent les donner à leurs enfants, et des sportifs m’ont demandé des volumes adaptés pour du trekking ou des randonnées. »
Soizic imagine déjà les prochaines adaptations : « On peut rajouter des noix, des pépites, des herbes aromatiques, s’en servir de matière première pour la pâtisserie. » Elle veut développer Fwee au niveau national. « La première année a permis de prouver que c’était possible pour les producteurs et que ça intéressait les gens. La seconde servira à montrer que le micro atelier est une formule viable, et à collecter suffisamment de donner pour ensuite intéresser les investisseurs. Qu’ils sachent combien coûte un atelier, combien d’emplois sont créés, combien de déchets en moins cela permet de traiter, etc. »
Depuis un an et demi maintenant, Soizic développe donc Fwee. Incubée à Ronalpia (incubateur d’entreupreunariat social et solidaire à Lyon), elle a voulu rapidement « passer à l’action. Même avec un produit imparfait, mais il faut le faire tester aux gens. Le problème de l’entreupreunariat, c’est qu’on fait des business plan des études de marchés, mais à aucun moment on ne te dit de faire ton prototype et de le tester. Il n’y a pas de meilleure étude de marché que les gens qui vont commenter en direct ton produit. »

Et pour tester rien de plus simple, il suffit de goûter. Et pour vous ce sera pomme, pomme poire, pomme cerise, pomme fraise, pêche abricot ou kiwi ?

(photo Fwee)
(photo Fwee)
+++ Les petits plus+++

+ Le site de Fwee

+ La campagne de financement participatif sur KissKissBankBank

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