Phénix, le coach antigaspi des grandes surfaces

Phénix. Un nom qui n’est évidemment pas dû au hasard pour cette entreprise qui redonne une seconde vie aux produits. Elle intervient plus précisément dans les grandes surfaces pour lutter contre les gaspillages.

En 2012, Jean Moreau et Baptiste Corval commencent à s’intéresser au gaspillage alimentaire.  « Ce n’était pas autant à la mode que maintenant, c’était confidentiel » se remémore Jean. « On avait l’intuition qu’il se passait quelque chose, mais que le problème n’était pas traité comme il aurait dû l’être. » Baptiste était ingénieur informaticien et « serial entrepreneur ». Jean travaillait dans une banque d’affaires et s’occupait de fusions et acquisitions. Il voulait « donner du sens à sa vie, c’est comme ça que je suis tombé dans l’entreprenariat social ». « On a mis en lien les connaissances et compétences acquises au service d’une cause noble et utile. »

Systématiser le don « tous les jours et dans tous les magasins »

Phénix « propose un accompagnement à la grande surface pour la seconde vie de ses invendus, et la gestion du

(photo Phénix)
« La gestion du gaspillage alimentaire représente deux tiers de nos volumes » (photo Phénix)

gaspillage alimentaire (qui représente deux tiers de nos volumes), mais aussi non alimentaire. » Formation et sensibilisation des collaborateurs de la GMS, logistique et accompagnement, ses interventions sont rémunérées au résultat, grâce à l’argent économisé (via la défiscalisation) par ses clients : « Si nous ne sommes pas bons, nous ne sommes pas payés. »

Concrètement, « nous sommes des coach antigaspi en magasin », explique Jean. Quand une enseigne confie un magasin à l’entreprise, les chefs de projets trouvent les associations pour constituer un planning de don, et le développe quand il existe déjà. « On n’a rien inventé, le don alimentaire existe depuis très longtemps, certaines enseignes l’avaient déjà bien développé. Mais nous le faisons de façon plus structurée, et plus systématique. Ce qui est déjà mis en place est super, mais ça ne doit pas être fait que le mardi ou le jeudi, ça doit être systématisé tous les jours et dans tous les magasins. » Ainsi, les chefs de projet de Phénix se rendent une fois par semaine dans les magasins, vérifier la bonne marche du tri et des dons, mais aussi que les produits ne sont pas mis à la poubelle alors qu’ils pourraient être donnés ou remis en rayon, et forment le personnel en charge des rotations, etc. « On fait en sorte que quand une enseigne donnait dix, maintenant elle donne beaucoup plus. »

En 2015, Phénix a contribué à la redistribution de 2,5 millions et demi de repas et sauvé environ 2000 tonnes de déchets de la poubelle. En 2016, elle espère quadrupler ces volumes.

Phénix aide aussi les entreprises avec une plate forme qui connecte l’offre et la demande, un « outils de gestion de pilotage en temps réel de la casse du magasin ». Car ajuster les commandes permet de réduire le gaspillage. Elle récupère aussi la part résiduelle « que le don ne prend pas, on l’envoie en transformation ou en alimentation animale. » Phénix veut « réveiller le potentiel des déchets » de ses clients.

Et du potentiel, on sait qu’il y en a en grandes surfaces. Les causes sont multiples : des « chartes fraîcheur qui imposent parfois de retirer les produits à J-5 des rayons, le comportement des consommateurs qui, en manipulant les produits les abîment, ou les déplacent et rompent la chaîne du froid, ou encore les systèmes d’approvisionnement automatisés », explique Jean. Alors les GMS, qui prennent conscience du problème, seraient-elles prêtes à dévoiler leurs chiffres comme a pu le faire Tesco en Angleterre ? « Il y a deux sujets confidentiels : les prix d’achats et les taux de casse et de démarque. C’est un indicateur clé de la bonne ou mauvaise gestion d’un magasin, les enseignes ne le dévoileront pas au grand public ni à leurs concurrents. » Mais pourquoi pas donner « des chiffres anonymisés »« Il y a plus de gaspillage dans les frigos des consommateurs. Il y a un décalage entre ce que pensent les consommateurs et la réalité », insiste Jean.

Des petits surpermarchés aux problématiques différentes

Baptiste et Jean ont aussi un service pour les petits supermarchés comme par exemple avec Franprix, avec qui un partenariat a été signé en début de l’année : Phénix gère tous les magasins de l’enseigne en Ile-de-France, 80 à Lyon et huit à Marseille. Un système qui a été développé au fur et à mesure. Les surfaces plus petites, souvent intra urbaines, font face à des problématiques différentes : les gros hyper ont du volume, les associations viennent récupérer les invendus avec leurs propres moyens. Mais cela devient plus difficile avec les petits supermarchés qui ont des volumes réduits, l’équivalent d’un ou deux chariots ou gros panier par jour. « On a mis en place un partenariat avec une entreprise de logistique qui passe dans plusieurs magasins pour récupérer les invendus. Ensuite les associations sont livrées. » 

Si tout le monde joue le jeu, il faudra trouver d’autres filières que le don. Nous voulons aider les initiatives alternatives à prendre de l’ampleur »

Quel impact la loi a-t-elle eu sur les clients de Phénix ? « Certains clients ont accéléré la mise en place des mesures antigaspi ». Mais pour Jean, la loi n’était « pas une nécessité absolue. Elle ne remplace pas le bon sens économique déjà en place avec le crédit d’impôt, et la réduction des coûts ». Pour autant, Jean (qui participait déjà au Pacte national contre le gaspillage en 2012-2013), salue « la dynamique impulsée par Guillaume Garot, Thibaut Nancy, et toute l’équipe. Ils ont été assez visionnaires. En 2012, ce n’était pas aussi évident que ça l’est aujourd’hui. ils ont mis le sujet sur la table. »

Plus d’une trentaine d’emplois créés en deux ans

En 2015, Phénix a contribué à la redistribution de 2,5 millions et demi de repas (en prenant comme base un repas = 800 g). « On a sauvé de la poubelle environ 2000 tonnes de déchets. Pour 2016, on espère quadrupler avec de nouveaux contrats. »

Phénix continue donc de se développer, et d’embaucher. La structure, créée en 2014, a bien grandi : l’équipe est composée de 18 personnes en Ile-de-France, neuf personnes en Bretagne, cinq dans le Sud-Ouest, une à Marseille, deux à Lyon, une à Strasbourg et depuis peu une à Caen.

Autre projet en cours, Phénix et Zéro Gâchis testent une solution commune : « Cela amène à nos clients une double solution : le bac à stickage, qui permet de sensibiliser les consommateurs à la lutte contre le gaspi, et le don pour les associations. » Le partenariat, qui semble concluant, pourrait donc être étendu.

Phénix aimerait travailler avec les nouveaux acteurs de l’antigaspi comme Fwee, Les Repêchés mignons ou Rebelle, etc. « On a de plus en plus de volumes côté offre, le réseau des associations n’est pas extensible à l’infini. Si tous les magasins jouent le jeu, il faudra trouver des filières autres que le don. Nous avons envie d’aider ces initiatives alternatives à prendre de l’ampleur. »

 

+++ Les petits plus +++

+ Le site internet de Phénix

 

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