2017, année du consommateur antigaspi ?

Le 11 février, la loi Garot pour la lutte contre le gaspillage alimentaire a fêté sa première année d’existence. Depuis, les grandes surfaces ont eu une année pour se préparer à son application. Depuis l’an dernier, les surfaces de vente de plus de 400 m2 doivent appliquer la loi et suivre la hiérarchie des actions : 1- la prévention, 2- le don des invendus (avec l’obligation de passer une convention avec une association caritative habilitée) ou leur transformation, 3- la valorisation pour l’alimentation animale, et 4- l’utilisation pour le compost, la valorisation énergétique (pour la méthanisation par exemple).

Comme le rappelle Guillaume Garot, député de la Mayenne, dans un communiqué du 10 février, « toutes les dispositions de la loi sont effectives. Les décrets ont été publiés, la convention-type de don alimentaire des grandes surfaces se généralise. La dynamique du don est aujourd’hui lancée et partagée par tous les acteurs concernés : producteurs, transformateurs, restaurateurs, et commerces ».

La loi française a été scrutée de près par de nombreux pays : Italie, Canada, USA, Royaume-Uni, et beaucoup d’autres. Seule la Belgique avant nous avait commencé à mettre en place des mesures en interdisant aux supermarchés de ne plus gaspiller. Mais le contrôle reste difficile.

En France, une des inconnues pour le moment reste la vérification de l’application de la loi. Comment contrôler ? La DGCCRF n’aura pas des agents derrière chaque poubelle. Mais déjà plusieurs facteurs encouragent les grandes surfaces à ne plus gaspiller :

  • la déduction fiscale en contrepartie des dons,
  • les bénéfices en cas de vente des produits à date limite courte : vendre même moins cher plutôt que détruire est toujours plus intéressant. A la fois financièrement mais aussi du point de vue de l’image. Car dans une affaire comme le gaspillage, l’image est une donnée essentielle.
  • N’oublions pas non plus que nombre de grandes surfaces avaient déjà des partenariats avec les associations caritatives comme les Banques alimentaires, les Restos du Coeur, le Secours populaire, la Croix-Rouge, etc. La loi leur a permis d’augmenter les dons, et donc aux associations de recevoir plus de denrées à redistribuer.
  • Enfin, on peut aussi compter sur la vigilance des mouvements comme les Gars’pilleurs qui n’hésiteront pas à dénoncer le gaspillage lors de leurs prochaines récup.

Et pour ces changements de pratiques, des sociétés comme Phénix, Eqosphère ou Comerso ou Zéro Gachis, aident les GMS dans leurs flux de dons, à proposer moins cher les produits à date courte à leurs clients. Et pour les petits commerçants, des solutions commencent aussi à émerger, à l’image de Proxidon dont ou vous parlait il y a quelques jours, qui met en lien petits commerces et associations.

Les collectivités aussi s’y mettent encouragées par les dispositifs mis en place par le gouvernement par exemple, comme les territoires zéro déchet, zéro gaspillage. Les exemples de cantines qui ont fait des économies en luttant contre le gaspillage sont nombreux, et les villes qui prennent des initiatives sur le sujet se multiplient aussi (Paris a lancé un second appel à projets). Même l’Assemblée nationale s’y met. Guillaume Garot a rencontré Claude Bartolone et proposé que des solutions soient mises en place dans les lieux de restauration de l’Assemblée.

Le consommateur, le plus difficile à convaincre ?

Pour le consommateur aussi des solutions émergent : plateforme de partage (Mummyz, Meet ze chef), produits transformés avec des denrées qui auraient pu partir à la poubelle (Fwee, J’aime boc’oh), géolocalisation d’invendus (Optimiam), ou encore partager ses récoltes (Aux jardins potagers) se multiplient. Le doggy bag a même été lancé, une nouvelle habitude à prendre pour les consommateurs.

En France, mais aussi dans le reste du monde, des initiatives comme les frigos solidaires nés en Allemagne se développent. Et les applis mobiles de toutes sortes aussi se développent dans le monde entier.

On peut même faire ses cours dans des supermarchés antigaspi ou manger dans des restaurants qui cuisinent les invendus (à Paris le Freegan Pony, le mouvement Real Junk Food) ou encore La Cantoche à Brest. Rajoutons à cela la tendance générale à la réduire des déchets qui vont jusqu’aux exemples inspirants d’expériences zéro déchet.

Mais le consommateur reste une « cible » difficile, tant nous sommes tous persuadés que nous ne gaspillons pas. Et c’est le rôle de l’Ademe de sensibiliser le consommateur. Des tests ont été effectués dans des foyers tests. Et un site internet a été mis en ligne : çasuffitlegachis.fr On n’en est pas encore au Love Food Hate Waste mais l’information du consommateur devra se développer.

Déjà pour mieux expliquer les différences entre les dates de péremption et leur signification : une DLC, ce n’est pas une DDM. Rappelons qu’un premier pas a été fait avec la suppression de la DDM sur certains produits (la mesure étant une mise à jour du réglement européen). Les dates de péremption restent génératrices de gaspillage. Mais la réflexion est engagée. Et des initiatives comme celle de Baptiste (qui relie Paris New York en vélo et en pédalo en ne consommant que des invendus et des produits à date dépassée) vont aussi mettre un coup de projecteur sur cette problématique.

Car ne l’oublions pas, le consommateur reste pour l’instant le plus gros gaspilleur de la chaîne alimentaire. Il y a donc des habitudes ancrées profondément à changer. Car quand on aide le consommateur, c’est lui qui fait changer toute la chaine d’approvisionnement : en Angleterre et au Danemark, les actions antigaspi ont d’abord été mises en place en direction des consommateurs. Et le gaspillage a été réduit de 25% !

Laisser un commentaire

This site is protected by WP-CopyRightPro