Depuis la loi, 10 à 15% de dons en plus, et des progrès à faire sur la formulation des dates

Il y a un an et demi était votée la loi de lutte contre le gaspillage alimentaire. Je me suis rendue à la Banque alimentaire de mon département, à Laval (Mayenne) pour faire le point sur la situation depuis ce vote.

Dans la grande salle, c’est l’heure de la pause. Sur la grande table, quelques viennoiseries… sauvées du gaspillage, « elles auraient dû partir à la poubelle », précise dans un sourire une bénévole. Il est environ 10h du matin et l’équipe partage un café. Tous sont sur le pont depuis plusieurs heures et ont déjà effectué la ramasse et le tri des denrées.

« On a surtout besoin de bénévoles pour la collecte nationale »

La fédération des Banques alimentaires estime que depuis son vote, la loi Garot a permis d’avoir 10 à 15 % de dons supplémentaires. A Laval, on est autour de 10% « mais ça devrait décoller » affirme Miguel Sanchez, le président de l’antenne de la Mayenne. D’autant que désormais, « même nos partenaires arrivent à faire la ramasse autour de chez eux ». En Mayenne, la Banque alimentaire approvisionne 21 CCAS, CIAS et communautés de communes, onze épiceries sociales et douze associations. « A Cossé-le-Vivien par exemple, Carrefour a contacté le partenaire local pour signer une convention en direct, sans passer par nous » explique Miguel Sanchez. Petit à petit, les petites et moyennes surfaces locales commencent à contacter les épiceries sociales ou les CCAS pour donner les denrées en direct. Et c’est un nouvel élément important car même si la Mayenne reste un petit département, la Banque alimentaire de Laval « ne peut pas envoyer un véhicule juste pour quelques denrées. Si le CCAS de Cossé peut le faire c’est mieux ».

Côté logistique, l’afflux de dons supplémentaires n’est pas un problème à Laval puisqu’un second camion frigo a été acheté en 2016. De plus, « les locaux sont mis à disposition par Laval Agglo. Si on a besoin de plus de place, il y en a encore un peu plus loin, on arrivera à trouver des solutions ». En quelques sortes, « on a devancé la loi » explique Miguel Sanchez. Car si ces flux supplémentaires de denrées peuvent poser des soucis logistiques, à Laval ce n’est pas le cas, « on a déjà fait les investissements ».

En Mayenne, l’antenne existe depuis trente ans. « Nous servons 4400 repas par jour sur tout le département, ce qui représente 1600 familles. » Toute l’année, la structure s’approvisionne avec une dizaine de grandes surfaces, fait aussi des échanges avec sa voisine de Sarthe, et avec l’aide européenne et nationale. La Banque alimentaire de Laval fonctionne avec 75 bénévoles et deux salariées à mi-temps.
« Une équipe bien soudée et organisée, on n’a pas besoin de bénévole en plus ici. Nos partenaires par contre peuvent avoir besoin de personnes supplémentaires pour assurer les distributions. Mais nous ici, pour le tri, non. »… Sauf pour la collecte annuelle qui se déroule le dernier week-end de novembre. En 2016 sur le périmètre de l’agglomération de Laval, 56 tonnes de nourriture ont été collectées. « On pensait faire mieux, mais il y a certaines petites ou moyennes surfaces où on n’a pas pu remplir les critères », en termes de bénévoles. Les partenaires gèrent leurs bénévoles et assurent une présence sur le territoire mais pour la collecte, qui dure du vendredi au samedi, il faudrait plus de 600 bénévoles pour couvrir les 50 GMS du département. La Banque alimentaire va contacter France Bénévolat pour tenter un partenariat.

« Etre aussi intelligent que les Anglais »

Alors si l’association se réjouit de l’augmentation des dons, les bénévoles ont cependant toujours des soucis avec les dates de péremption. Un sujet qu’ils ont d’ailleurs abordé il y a quelques mois avec François Hollande, venu les rencontrer à Laval pour l’un de ses derniers déplacements en tant que Président, sur le thème du gaspillage alimentaire.

François Hollande est venu à Laval en avril dernier pour une de ses dernières visites officielles. Il a rencontré les bénévoles en compagnie de Guillaume Garot et de Jacques Bailet (à droite), le président de la Fédération des banques alimentaires.

Le problème vient de la formulation entre DLC (« à consommer avant ») et la DDM (« à consommer de préférence avant »). « Pour les DDM, on essaie d’expliquer » notamment quand des produits distribués ont une DDM dépassée, « et de convaincre ». Car cette formulation doit d’abord être expliquée aux bénévoles et aux partenaires qui assurent les distributions, pour qu’eux-mêmes puissent bien informer leurs bénéficiaires. « A partir de la date, certains ne veulent plus des produits alors qu’ils sont largement consommables ». Il est vrai que la formulation « date de durabilité minimale » n’aide pas. « DDM c’est plus barbare que DLUO. On peut être aussi intelligent que les Anglais qui ont un terme plus facile » plaide le président mayennais. [Les Anglais utilisent la terminologie « Best before » que l’on peut traduire par « meilleur avant »]

Mais la formulation pourrait changer. C’est ce qu’a confirmé le député de la Mayenne Guillaume Garot : « Ce n’est pas dans la loi car c’est un élément réglementaire et pas législatif. » Cependant dans la version II du Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire il y a un groupe de travail qui planche sur la question et qui doit faire des propositions. Mais la nouvelle formulation doit être validée par l’Union européenne, « car le changement se fait aussi dans d’autres langues ». Pour le député, « la France doit porter ce changement ».

En attendant, la Banque alimentaire de Laval a des projets : elle veut relancer son atelier cuisine. Le but est d’apprendre à cuisiner des produits mal connus, « apprendre à mieux manger les articles distribués ». Et expliquer les dates de péremption. Pour cela, un sondage sera réalisé auprès de ses partenaires pour savoir comment mettre en place ces ateliers, sachant qu’ils se dérouleront chez les partenaires, selon leurs équipements. « Dans l’idéal, on aimerait le lancer à la rentrée », confie Miguel Sanchez.

Autre projet, la demande de l’agrément auprès des services vétérinaires pour trancher la viande lorsque l’association reçoit des grosses portions. « Il nous arrive quelque fois de récupérer des portions de 4 à 5 kg, c’est difficile à distribuer, il faut qu’on s’adapte. » L’idée sera de découper et de les mettre ensuite sous-vide dans des portions réduites, et donc plus pratiques à distribuer. « Pour cela il faut un équipement particulier et un agrément » précise Miguel Sanchez. Le local de Laval est déjà équipé pour la découpe des fromages. Deux chambres froides, une salle de conditionnement et deux camions isotherme complètent l’équipement.

La salle de découpe pour les fromages.

Dans la grande salle, la pause café est terminée. Il est l’heure pour les bénévoles d’aller livrer les denrées à leurs partenaires. Avant de revenir le lendemain matin pour, une fois encore, éviter un énorme gaspillage et surtout faire fonctionner la solidarité.

 

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