Comerso, le don suivi en temps réel, qui crée de l’emploi

Les entreprises naissent parfois dans des endroits inattendus. Fin 2010, Pierre-Yves Pasquier utilise le covoiturage pour rentrer chez lui. Il rencontre Rémi Gilbert, conseiller en création d’entreprise. « Pendant tout le trajet, je lui ai parlé de mon idée. » Quelques jours passent et Rémi recontacte Pierre-Yves, persuadé que cette idée doit être mise en œuvre : Comerso était née.

Ancien commercial en produits frais chez Danone, Pierre-Yves Pasquier visitait régulièrement des magasins et remarquait le gaspillage. « Ils avaient des difficultés à trouver des associations, certaines d’entre elles n’avaient pas assez de bénévoles ou de moyens logistiques. Les magasins veulent un process, une stabilité et de la sécurité pour leurs dons. » Il fait ainsi le constat d’une différence de moyens et de besoins du côté des entreprises et des associations.
En 2012, « on partait de zéro, il a fallu créer un outil, un modèle ». Comerso démarre en octobre 2013 avec un process complet. « On avait deux clients et une association. » L’entreprise se développe et compte aujourd’hui quinze employés en CDI et 25 chauffeurs en insertion.

Des denrées suivies en temps réel avec les puces RFID

Comerso met donc en relation les associations et les magasins. « Mais le plus gros problème des associations c’est la logistique, et notamment frigorifique. Les grosses bases associatives sont équipées mais dans les antennes plus petites c’est plus compliqué » explique Pierre-Yves Pasquier.

Comerso a donc voulu « palier ce manque en prenant en charge la partie transport ». Le travail débute toujours par deux audits : un pour le magasin pour vérifier ce qu’il peut donner, son potentiel, son impact sur les déchets, etc ; et un pour l’association pour vérifier ses agréments sanitaires, s’assurer qu’elle est en capacité de redistribuer et de stocker. Ensuite, un planning est mis en place. « On part toujours de la demande de l’association à laquelle on vient coupler le nombre de magasins qu’il faut. On met en lien offre et demande et on développe le fonctionnement du commerçant au quotidien. »

Pour le suivi de la collecte des denrées, Comerso a misé sur les puces RFID. « C’est une technologie d’identification utilisée dans les entrepôts industriels. On équipe toutes nos caisses d’un identifiant unique stocké dans la puce et qui permet de l’identifier à chaque mouvement. » Cette technologie permet donc de suivre les denrées en temps réel aussi bien pour les magasins qui ont donné des denrées que pour les associations qui les reçoivent. Température, localisation de la caisse, ou attestation fiscale, tout est disponible. Cette « traçabilité, c’était une demande des magasins qui veulent bien donner mais il faut que ce soit sécurisé ». Comerso fournit aussi des données statistiques aux magasins pour lui permettre « de s’améliorer dans son stock ».

Demain il sera tout bonnement inconcevable de jeter ce qui est encore bon. On aura oublié qu’on le faisait avant » (Pierre-Yves Pasquier, fondateur de Comerso)

Mais pour Pierre-Yves Pasquier, la technologie ne peut pas tout : « Aujourd’hui on voit beaucoup de start-up qui se montent du côté du gaspillage alimentaire avec des applications. Or il n’y a pas un problème technologique mais technique. Vous avez beau faire toutes les applications que vous voulez, si l’association n’a pas le matériel pour aller chercher la marchandise en toute sécurité, il n’y a rien qui se passe. » Pour Pierre-Yves Pasquier, Comerso c’est l’alliance de deux fonctionnements « numérique et logistique. Cela prend encore plus de sens dans des territoires ruraux. » Il prend l’exemple du département de la Mayenne : « A Villaines-la-Juhel, l’antenne des Restos du coeur est ouverte un mardi tous les quinze jours. C’est compliqué pour un magasin de donner au bon moment. » Avec Comerso, l’enseigne donne désormais tous les jours, sans se préoccuper du jour d’ouverture de l’association.

Pas de flotte de camions mais 25 chauffeurs en insertion

Comerso prend donc en charge le transport des denrées. Elle a décidé de ne pas investir dans une flotte de camions. L’entreprise a préféré conclure un partenariat avec le réseau Envie. « Si vous achetez un nouveau lave-linge, la boutique vous reprend l’ancien. Soit elle le répare et le revend, soit elle le désosse pour les pièces et l’envoie en retraitement. C’est Envie qui s’occupe de tout ça. » Et le réseau Envie fait aussi du transport. « On a développé avec eux du transport frigorifique en insertion : c’était une volonté de notre part, tous nos chauffeurs sont en insertion. » On compte 25 chauffeurs en CDDI (I pour insertion) qui travaillent pour Comerso, et donc autant d’emplois crées.

(photo Comerso)

Car « rares » sont les associations qui « ont des camions et des bras. Elles ont l’un ou l’autre. L’objectif n’est pas de venir en concurrence de ce qui se fait déjà, mais de compléter pour aller chercher la marchandise qui n’était pas collectée par les associations par manque de moyens humains, logistique, etc. » Comerso collecte donc aussi des petits magasins ruraux comme dans les villes de Pré-en-Pail ou de Villaines-la-Juhel ou la grande surface au Bourgneuf-la-Forêt (Mayenne), mais aussi des gros hypermarchés à Dinan (Côtes-d’Armor) ou aux Herbiers (Vendée).

Aider aussi les coopératives agricoles et l’agroalimentaire

Comerso continue de se développer. L’entreprise collecte 20 tonnes de denrées par jour, soit l’équivalent de 40 000 repas redistribués par jour, livre quotidiennement entre 50 et 60 associations, et collecte un peu plus de 150 magasins.

En France, Comerso se lance aussi dans l’antigaspi pour les coopératives agricoles et l’industrie agroalimentaire. « Il y a des besoins partout en termes de redistribution. On a un gros bassin agricole en France, l’idée c’est de faire en sorte que les industries et les coopératives agricoles soient aussi dotées d’un système qui leur convienne. » Le principe reste le même, seules les dimensions sont « différentes. Avec une grande surface on va chercher 100 – 150 kg de produits différents. Avec une coop, on va récupérer une palette d’un seul et même produit ». Pour les industriels par exemple, cela peut permettre de récupérer et de donner de la viande. « On a des partenariats. Cela peut concerner des produits semi-finis comme des colis de viande de 2 kilos par exemple. L’idée c’est d’avoir des portions consommables normalement par une famille de quatre personnes. Si vous avez une poche de 2 kg ça peut se préparer, se congeler. Avec une portion plus grosse, c’est plus compliqué. »

L’entreprise compte aussi se développer à l’étranger. Elle a d’ailleurs réalisé une levée de fonds pour « se déployer en Europe et aux Etats-Unis ». Car elle en est convaincue : « On est sur un nouveau système, une évolution des mentalités. C’est comme le co-voiturage il y a quelques années. Désormais c’est entré dans les mœurs. Aujourd’hui il y a encore des magasins qui jettent de la marchandise encore bonne. Demain, ce sera tout bonnement inconcevable, on aura oublié qu’on le faisait avant. »

 

+++ Les petits plus +++

+ Le site de Comerso

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