Des lycéens de l’Essonne s’engagent contre le gaspillage, et sensibilisent les plus jeunes

Des lycéens sensibilisés au gaspillage alimentaire, et qui sensibilisent à leur tour des enfants en écoles primaires, tout en rédigeant une charte européenne contre le gaspi. C’est l’ambitieux projet auquel ont participé six classes de cinq lycées de l’Essonne : Francisque Sarcey à Dourdan, L’Essouriau aux Ulis, Blaise Pascal à Orsay, Geoffroy Saint-Hilaire à Etampes et René Cassin à Arpajon (Essonne).

Tout commence en janvier 2015 avec le programme Don’t waste our future, DWOF pour les intimes. Le but ? Sensibiliser la jeunesse au gaspillage et au droit à l’alimentation pour qu’elle « adopte des comportements et des modèles de consommation plus responsables et durables ».

« Au printemps 2015, il y a eu la phase de préparation et de sélection des lycées. On a choisi l’Essonne car c’est un territoire varié dans ses composantes sociologiques, urbaines, environnementales » explique Pierre Césarini, président de Passerelles.info. L’association a pour objet l’éducation au développement durable. Elle le fait en produisant des ressources pédagogiques pour les enseignants du premier degré. Et c’est elle qui a été choisie pour accompagner le projet DWOF en France.

Les interventions en classe ont démarré en septembre 2015 afin que les élèves puissent participer en se calant sur le temps d’une année scolaire.

Pour beaucoup de jeunes, le gaspillage se résumait à du gaspillage d’argent et à ne pas finir son assiette. Ils n’avaient pas conscience des ressources utilisées pour la production »

Une charte pour sensibiliser les décideurs

Le but était d’abord de rédiger la charte. « Elle vise à nourrir la réflexion des politiques, des décideurs », explique Pierre Césarini. Elle est en effet signée par les jeunes mais aussi par les « autorités locales » (maires, directeurs d’écoles, etc.).

Si d’habitude Passerelles.info n’intervient pas en classe, elle a changé sa méthodologie pour le projet DWOF,

Pour sensiiliser les lycéens (comme ici au lycée Sarcey à Dourdan), le jeu de la ficelle sert à montrer les liens entre gaspillage et production. (photo passerelles.info)
Pour sensibiliser les lycéens (comme ici au lycée Sarcey à Dourdan), le jeu de la ficelle sert à montrer les liens entre gaspillage et production. (photo passerelles.info)

en envoyant Julie Couteau, chargée de mission, coacher les lycéens pour la préparation de la charte. « Les premiers ateliers ont permis de faire comprendre les enjeux du gaspillage alimentaire, de sonder les lycéens sur le sujet », explique Julie Couteau. Ensuite, elle les a aidés à élargir leur vision : « Pour beaucoup, le gaspillage se résumait à du gaspillage d’argent et au fait de jeter ses restes à la poubelle. » Les jeunes n’avaient pas conscience notamment des ressources utilisées pour produire la nourriture (eau, travail des agriculteurs, etc.)

Après la sensibilisation, les jeunes ont rencontré des experts du gaspillage, parmi lesquels des associations de solidarité ou encore l’atelier Moino91. Et de cette rencontre est même né un partenariat : désormais Moino91 récupère les restes de pain de la cantines du lycée Cassin à Arpajon pour le transformer ensuite en aliments pour animaux.

Les derniers ateliers ont permis aux lycéens de proposer leurs solutions pour lutter contre le gaspillage. Une fois rassemblées, leurs idées ont été soumises à leur vote dans tous les établissements participants, et les plus populaires ont été envoyées au Forum destiné à la rédaction finale de la charte contre le gaspillage. En octobre, les jeunes des pays impliqués dans le projet DWOF se sont retrouvés à Milan, dans le cadre de l’Exposition universelle, pour finaliser le document.

Elèves et profs du lycées Francisque Sarcey lors du forum à Milan pour la rédaction finale de la charte. (photo passerelles.info)
Elèves et profs du lycées Francisque Sarcey lors du forum à Milan pour la rédaction finale de la charte. (photo passerelles.info)

Alors que trouve-t-on dans la charte ? Une série d’engagements assez habituels  (faire attention aux étiquettes et aux dates, être attentif à sa consommation d’eau, sensibiliser, ne pas choisir la nourriture selon des critères esthétiques, faire de la prévention, promouvoir une alimentation saine et durable, favoriser la coopération, etc.). Mais aussi des mesures qui vont plus loin : créer des jardins potagers pédagogiques, repenser les normes de conservation, promouvoir le glanage, promouvoir les taxes incitatives sur les déchets, suggérer des changements de législation pour autoriser les cantines scolaires, bars et restaurants à créer des « repas sociaux », ou encore identifier les utilisation possibles de denrées rejetées pour leur apparence (par exemple le « ugly fruit program ») à travers l’éducation, etc.

La charte comporte aussi des demandes. Entre autres, la fin des pratiques de commerces non équitables (par exemple l’accaparement des terres), l’organisation de plus de campagne de sensibilisation et de levées de fonds pour que la lutte antigaspi devienne « une habitude quotidienne » et « accorder un rôle central aux jeunes ». Les demandes portent aussi sur « l’amélioration de la transparence et l’honnêteté » pour identifier clairement le gaspillage, et rendre les données collectées accessibles à tous et rendre chacun responsable de ses déchets, etc.

Des lycéens sensibilisés, et qui sensibilisent à leur tour

Dans la charte, les jeunes s’engagent à sensibiliser via « l’éducation par les pairs ». Les Français ont mis en œuvre cet engagement dans leur département en sensibilisation des enfants dans des écoles primaires. Les lycéens ont conçu des activités pédagogiques : par exemple, ils ont demandé aux écoliers de découper et ramener quelques emballages de la maison pour leur apprendre la différence entre une DLC et une DDM , ou encore un jeu avec différents aliments pour trouver des recettes pour cuisiner les restes.

Un exercice bénéfique pour les plus jeunes « très réceptifs, parce que les activités sont ludiques mais aussi parce que ce sont les plus grands qui leur transmettent un savoir », explique Julie Couteau ; et pour les lycéens dont le travail est valorisé, et qui « sont acteurs du changement ».

Sans oublier les établissements concernés : des mesures du gaspillages ont été réalisées dans les cantines, et certains en ont même profité pour lancer des expérimentations de réduction du gaspillage.

Les lycéens vont maintenant promouvoir la charte et continuer la sensibilisation en organisant plusieurs évènements jusqu’à la fin de l’année scolaire, en juin.

+++ Les petits plus+++

+ Le site de Don’t Waste Our Future et sa chaîne youtube avec des interviews réalisées pendant le forum

+ Le site de Passerelles.info

+ Le site de Moino91 qui récupère le pain pour l’alimentation animale

 

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