Le Chaînon manquant, l’asso qui redistribue les invendus plus vite que son ombre

« Le gaspillage alimentaire n’est pas une fatalité, il suffit de s’organiser. » Et Valérie de Margerie, la présidente du Chaînon manquant, sait de quoi elle parle. Elle voulait que tous les acteurs de l’alimentation puissent s’engager dans la lutte contre le gaspillage alimentaire, que ce soit « la restauration collective, les petits commerçants, les traiteurs, l’évènementiel ». Elle rencontre Julien Meimon et pour tous les deux, « au 21e siècle voir que des poubelles débordent alors que des tas de gens ont faim, c’est inacceptable, c’est la base de notre motivation ». Partant du constat que des actions étaient déjà mises en places pour la distribution, « nous voulions apporter une solution là où il n’y en avait pas. Les Banques alimentaires font beaucoup de choses mais passer récupérer les denrées et les stocker nécessitent du temps. Cela exclut un tas de produits qui doivent être consommés dans les vingt-quatre heures par exemple. » Voilà comment est né Le Chaînon manquant.

Le Chaînon manquant est une association qui porte très bien son nom : elle récupère les denrées alimentaires et les redistribue aux associations, le tout en circuit court et en flux tendu : « Les invendus sont immédiatement redistribués. On sait qui on va collecter, mais on ne sait pas ce qu’on va récupérer, on le découvre le matin-même. » Ce sont souvent des produits dont la durée de vie est très courte, comme des sandwichs ou des salades. Les bénévoles de l’association doivent ensuite être hyper réactifs : selon la nature des produits récupérés et les volumes, ils appellent telle ou telle autre association pour les leur proposer. « Des produits qui nécessitent d’être cuisinés n’iront pas au même endroit que des produits prêts à consommer. De la même façon, si on récupère 50 sandwichs, on ne les proposera pas à une association qui a 400 bénéficiaires. On ira plutôt voir une petite association »

« Plus on connaît les associations, mieux on cible leurs besoins »

Car Le Chaînon manquant connaît parfaitement la cinquantaine d’associations avec qui elle travaille : « On a de tout, des grandes associations ou de toutes petites associations de quartier, des centres d’hébergement, des haltes sociales. Avec la crise du logement et la crise économique, six millions de personnes sont en situation de précarité alimentaire : elles ont un toit mais pas forcément de quoi se nourrir. » Le Chaînon manquant commence donc toujours par rencontrer les associations pour connaître leur niveau d’équipement et leurs contraintes, comprendre qui sont leurs bénéficiaires, combien ils sont. « Plus on les connaît, mieux on cible ce qu’on leur propose. Il y a un important travail en amont » explique Valérie de Margerie.

Le Chaînon manquant a aussi noué des partenariats avec des évènements : elle est intervenue à la Cop21, et récupère de la nourriture depuis trois ans à Roland Garros. C’était d’ailleurs la première opération sur le terrain. De quoi donner un sacré coup de projecteur sur l’association, désormais contactée par d’autres professionnels pour mettre des actions en place. « Nous sommes spécialisés dans la récupération et la distribution en don alimentaire en flux tendu, nous voulons pouvoir le faire avec tous types d’acteurs. » 

 

 

A Roland Garros, quand la collaboration a démarré entre l’évènement et l’association, « on n’avait pas tous les prestataires de la restauration, c’était un peu une expérimentation. En 2015, on les avait tous et on avait augmenté les volumes. En 2016, on avait toujours tous les prestataires mais des volumes moins importants. » Car Le Chaînon manquant apporte aussi « une mesure du gaspillage. Les acteurs diminuent un peu leurs volumes. Nous voulons tout récupérer mais aussi les aider à limiter leur gaspillage. En plus, cela mobilise aussi leurs équipes en interne, et quand on leur donne les chiffres, ils réagissent ». Sandwichs, fruits frais, viennoiseries, plateaux-repas, fromages, gâteaux sont récupérés quotidiennement à l’aube pendant le tournoi par les bénévoles. En 2016, cela a permis de redistribuer plus de 13000 repas.

150 bénévoles qui ont « envie d’agir »

L’association est bien implantée à Paris où elle fait des tournées quotidiennes. Elle a ouvert une antenne à Lyon l’an dernier. « Nous avons 150 bénévoles [120 à Paris, 30 à Lyon], de tous les âges mais surtout des jeunes. Ils ont envie d’agir, ils ont une motivation pour le sujet et la finalité de ce qu’on fait, cela leur permet d’être présent dans la durée. »

Côté équipement, « on n’en a jamais assez » dit Valérie de Margerie en souriant, « tout le monde veut qu’on multiplie les tournées. On a des camions en propre, on en a loué aussi et on nous en a prêtés. Mais cela nécessite des financements, on essaie de trouver un équilibre entre le privé et le public ». Le Chaînon manquant a le soutien par exemple d’entreprises intéressées par la RSE (responsabilité sociale des entreprises) et motivées pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Un soutien qui se mesure aussi avec les bénévoles. Par exemple, le programme « Axa atout cœur » : « Ils nous ont aidé plusieurs fois financièrement, et ils proposent à leurs salariés des associations à soutenir. On a eu souvent des bénévoles Axa. Cela fédère les équipes, renforce aussi l’attachement à son entreprise, on y trouve du sens. » Car côté bénévoles, Le Chaînon manquant s’appuie aussi sur  » les nouveaux acteurs du bénévolat en ligne comme jemengage.fr, et des plateformes partenaires comme bénénova, hellocitizen ou encore welp «  qui proposent aux particuliers de tester des associations. « Cela fonctionne très bien, et nous apporte toujours quelqu’un en plus pour aider aux collectes ou aux distributions. Certains s’engagent ensuite dans la durée. »

Le Chaînon manquant se professionnalise aussi de plus en plus. « On a commencé par recruter une responsable des opérations de la qualité. Et on vise le recrutement de trois salariés en insertion. » Déjà un conducteur de camion a été embauché en insertion en juillet l’an dernier. Les bénévoles qui ne sont là que ponctuellement sont, eux, briefés le matin avant la tournée. Mais ceux qui s’engagent sur le plus long terme reçoivent une formation plus complète, aussi bien « sur la chaîne alimentaire, que sur la façon de se comporter avec des interlocuteurs très différents (professionnels ou association), c’est un aspect humain très important ». Car l’association est souvent contactée par des gens qui veulent aider. « Quand il y a plusieurs demandes au même endroit, on les met en relation, et si ça fonctionne, on les coach pour monter une équipe. » C’est ce qui s’est passé à Lyon par exemple.

En 2016, l’association a redistribué 150 000 repas, à une cinquantaine d’associations partenaires, soit 10 000 bénéficiaires. Maintenant, « il faut qu’on arrive à suivre notre croissance. On est sur une logique de développement comme beaucoup de structures dans le secteur. Aujourd’hui, ce sont plus les moyens qu’il faut trouver, car les demandes on les a, professionnelles ou associatives ».

« On est d’abord une initiative citoyenne. Le mouvement actuel des start-up est passionnant. Je trouve formidable que l’économie actuelle cherche à être utile que ce soit au niveau social ou environnemental. Mais la réponse ne peut pas être que là, car il y a une recherche de profits qui amène à faire certains choix. Il faut pouvoir encourager les deux : les actions citoyenne et les start up, c’est important pour répondre à l’ensemble de la problématique. Nous ne sommes pas dans une recherche de volumes, mais dans la recherche de qualité de notre intervention, et proposer une solution là où il n’y en n’a pas. » En somme, être le chaînon manquant. 

 

+++Les petits plus+++

+ Le site du Chainon Manquant

 

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