L’hôpital du Mans donne ses excédents, « tous les soirs on fait 40 heureux »

Si la loi Alimentation prévoit que la restauration collective devra elle aussi donner ses surplus aux associations, c’est grâce au travail de l’atelier 10 des Etats généraux. Et notamment à Didier Girard, pionnier et instigateur de la politique de dons de l’hôpital du Mans. Retour sur une expérience qui se développe, et qui va prendre une nouvelle dimension avec la loi.

Tous les soirs, une quarantaine de repas sont distribués grâce aux dons des surplus de l’hôpital du Mans.

« Le premier soir, j’avais les larmes aux yeux. C’est fort au niveau affect. » Ce premier soir dont parle Didier Girard, c’est celui où l’hôpital du Mans a donné ses surplus alimentaires à une association, permettant de nourrir des personnes dans le besoin. Didier Girard est l’ancien ingénieur du service de restauration collective de l’hôpital du Mans, le plus important centre hospitalier non universitaire de France avec 1672 lits. Et plusieurs milliers de repas à fournir tous les jours.
«  On fonctionne en liaison froide. Les repas sont cuisinés trois jours avant d’être servis, puis mis en barquette avant d’être refroidis. On a des logiciels pour nous aider mais quand on prépare le repas, on ne connaît pas l’activité réelle de l’hôpital on ne sait pas le jeudi pour le week-end qui suit si des patients sont rentrés chez eux, si d’autres sont arrivés. On a toujours un petit excédent. »
En 2010, la loi biodiversité instaurait un principe : les gros producteurs de biodéchets (plus de 10 tonnes par an) devraient désormais payer pour les détruire. « On s’est posé la question : que peut-on faire de ces excédents ? Avant ils partaient à la poubelle. Je me suis dit qu’on ne pouvait pas les considérer comme des restes, et qu’il fallait appeler ça des surplus, car ce sont des repas consommables. » Alors Didier Girard s’est demandé si ces repas pourraient repartir vers un autre lieu, le soir.

« Tous les soirs, on fait 40 heureux »

Il a d’abord été voir le service de cohésion sociale à la préfecture pour connaître les associations caritatives, puis il en a parlé à son directeur, « et c’est devenu un projet citoyen de l’hôpital. Et ça s’est enclenché comme ça ». Il prend contact avec l’Ordre de Malte et l’association Tarmac, et travaille sur l’organisation des documents, « des procédures, sur un plan de maîtrise sanitaire, un bon de livraison, etc. Une fois que les documents officiels ont été organisés, on a fait un essai ». Et « l’essai a été concluant ». Depuis 2013, l’opération ne s’est pas arrêtée.

Du lundi au jeudi soir, c’est l’Ordre de Malte qui passe chercher les repas à l’hôpital du Mans. Elle les redistribue ensuite dans un restaurant solidaire. « Au début c’était un hôtel, les gens arrivaient par le Samu social. Ils étaient dans des situations d’urgence. Il y avait aussi des migrants, qui ne restaient que deux jours, deux nuits. Dans cet hôtel, on avait une trentaine de personnes logées mais pas nourries. Ils étaient parfois obligés d’aller ailleurs pour manger. Là ils peuvent rester sur place. » Le vendredi, samedi et dimanche, c’est le Bus du Cœur (des Restos du Cœur) qui prend le relais. « Tous les soirs on fait 40 heureux. »

 Certains établissements n’avaient pas envie de se casser la tête. C’est facile de mettre à la poubelle. Mais c’est irrespectueux. Tous les soirs, tout le monde n’a pas forcément un repas chaud. »

Un projet pour les grosses cuisines centrales

Depuis, le projet a fait boule de neige. Didier Girard arpente la France pour expliquer. Et ses collègues d’autres établissements hospitaliers en France redistribuent eux aussi désormais leur surplus alimentaires : Strasbourg, Blois, Orléans, Tours, Vierzon, etc. « Rennes y réfléchit » confie-t-il.
Alors si ça marche là-bas aussi, il faut généraliser. « Ce que nous avons fait ne suffisait pas car ce n’était pas obligatoire. Les bonnes volontés c’est bien mais ça marche cinq minutes. » Membre de Restau Co’ (association regroupant des professionnels de la restauration collective), il est missionné pour représenter la restauration collective aux Etats généraux de l’alimentation. « Je me suis dit que ce serait bien qu’on aille plus loin. Ce sont de grandes administrations qui utilisent de l’argent public. Au lieu de jeter et de payer aussi pour détruire, mieux vaut donner. » Il a donc eu à cœur de convaincre les participants de l’atelier. « Guillaume Garot a bien compris qu’il y a dans la restauration collective de l’alimentation jetée qui peut être redonnée. » Car on ne parle pas ici uniquement des hôpitaux, mais de toute la restauration collective : universités, cuisines municipales, cuisines centrales départementales pour les collèges par exemple, etc. Cependant, ce projet ne peut pas fonctionner partout. Au Mans, l’hôpital gère 5000 repas jour, « le volume d’excédents n’est pas le même pour une maison de retraite avec 80 repas par jour ». Pour Didier Girard il faut donc que la disposition de la loi s’applique « pour les grosses cuisines de production ». « Si on prend 80 grands hôpitaux en France, j’ai estimé que sur l’année, il y a un potentiel de 6 millions d’euros de dons. » Reste à définir un seuil à partir duquel la loi s’appliquera. Pour Didier Girard, « une cuisine qui produit entre 800 et 1000 repas par jour peut rentrer dans le schéma du don obligatoire ».

« Etre structuré et organisé »

L’un des éléments essentiels est évidemment l’organisation de la logistique. « La restauration collective, ce n’est pas le même schéma que le don des GMS. Les produits qu’on donne sont prêts à consommer donc pas question de les garder longtemps. Il faut être structuré et organisé. »
Côté sécurité alimentaire, aucune crainte à avoir. Les repas viennent des collectivités, « les risques sont maîtrisés. On a des contrôles sanitaires, des plans de nettoyage, des normes à respecter, des normes antiallergènes, etc. Une grosse collectivité est gérée par des professionnels. Il n’y a rien à craindre. »
Il faut surtout organiser la récupération des repas : donner dans des containers isotherme, avoir un véhicule conforme pour emmener les repas, un lieu de distribution avec une chambre froide, des bénévoles formés, se laver les mains, porter des tabliers, etc.

Le don de surplus par les collectivités implique une logistique bien préparée en amont : au Mans, le repas sont acheminés dans des caisses isotherme vers le lieu de distribution.

Tout ça peut paraître un peu fastidieux mais « une fois que les documents sont prêts, ce n’est que de l’organisation, pour des gens qui sont dans l’attente et qui sont très heureux d’avoir ces repas. Quand on rentre chez soi le soir, il ne faut pas oublier qu’il y a plein de gens qui ont besoin d’être aidés, pris en charge. Heureusement le bénévolat fonctionne bien en France, les associations sont des structures sérieuses ».

ça marche quand les gens vont ensemble vers un même objectif et que l’organisation est bien maîtrisée en amont, ça se passe toujours très bien »

Depuis quelques semaines, Didier Girard est à la retraite. Il profite de son temps libre pour continuer à expliquer comment on peut réussir la politique de don en restauration collective. Il a même écrit à Emmanuel Macron. « Le Président a dit lors de ses vœux de que les citoyens devaient réfléchir à ce qu’ils peuvent faire pour leur pays. Et que l’Etat allait prendre en charge le repas des migrants. Alors plutôt que de redonner de l’argent, il faut en profiter : les collectivités sont prêtes à donner. Je lui ai envoyé le projet des Etats généraux, en lui disant : J’espère que vous ne cèderez pas aux pressions. »
Didier Girard espère « que la loi ira jusqu’au bout, et que les collectivités iront facilement vers cette politique de don. Je reste confiant, puisque ça marche ailleurs. » Et il sait que la loi va donner un coup d’accélérateur : « Le jour où la loi est passée pour les grandes surfaces, ça a pris un peu de temps mais on voit bien aujourd’hui que ça a tiré le don vers le haut. Tant mieux. »

 

+++ Les petits plus+++

+ L’initiative de l’hôpital du Mans a fait l’objet d’un reportage sur le site du ministère de l’Agriculture

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.


Notice: Undefined index: type in /home/linfrykk/public_html/wp-content/plugins/jetpack/modules/widgets/twitter-timeline.php on line 88

This site is protected by wp-copyrightpro.com

This site is protected by WP-CopyRightPro